Antoine Emaz

 

 

 

Antoine Emaz lit ses poèmes avec le poids du monde, dehors, qu'il a pris avec lui. Le monde intolérable, le monde inacceptable. Antoine Emaz ne se révolte pas, pas plus qu'il ne baisse les bras. Il résiste. Il écrit dans un mouvement de « contre », tenace, obstiné, fatigué aussi. Face à l'abondance des violences, des mensonges politiques, il pose sur ses pages des mots coupés au rasoir, ciselés, essentiels. A tel ou telle qui, l'écoutant, confie son désarroi devant tant de noir, il répond désolé qu'effectivement pour lui le travail d'écrire se fait dans cette énergie-là, et que pour l'instant le joyeux, le léger, chez lui ne font pas de poèmes. Il y a d'autres poètes, il peut nous orienter, des poètes de l'amour, des poètes du chant. Il comprend oui, ce qu'il écrit ne peut pas convenir à tout le monde, le lecteur doit choisir, faire son chemin dans les livres.


Avec Antoine, deux de ses éditeurs : Louis Dubost (Le Dé Bleu, devenu l'Idée Bleue) et Patrick Cahuzac (Inventaire/Invention). Louis raconte l'histoire de sa maison d'édition, qui vient de fêter ses trente ans. Comment il a commencé, par des petits opuscules ronéotés, comment, ayant pensé à se publier lui-même, il y a vite renoncé en lisant les textes des autres « tellement meilleurs ! », comment il a mis en place un système de lectorat-souscription – il se souvient de la fidélité des abonnés, malgré les hausses de prix, malgré les faillites des diffuseurs..Contre vents et marées, il continue l'aventure, alliant son métier de prof de philo avec celui d'éditeur. Il confie sa grande peur lorsqu'il est tombé d'ne échelle, sa grande peur de mourir en laissant derrière lui des dettes à rembourser par ses plus proches. Il dit alors comment l'association est devenue une entreprise, comment le Dé Bleu se transforme en Idée Bleue, comment il continue, aujourd'hui à la retraite, à faire les salons, à défendre les auteurs qu'il publie. Et puis comment la question de la succession l'interroge et le soucie.


Patrick, qui est aussi le Président de notre jeune association saumuroise, raconte le projet du Panop'tic, son envie de réunir des voix très différentes de la poésie contemporaine, de Christophe Fiat à Antoine Emaz justement. Il est question de l'édition aujourd'hui, de comment, comme dans beaucoup d'autres secteurs, elle s'industrialise et se déshumanise. C'est en réaction contre un certain système de fonctionnement, dans lequel le livre et son auteur sont des objets commerciaux, qu'Inventaire/Invention invente d'autres formes de médiation, pour que les bons livres trouvent leurs lecteurs. La spécificité de publier des livres courts permet aux lecteurs de découvrir pour un coût abordable, un petit pan des oeuvres d'auteurs très différents. Ces textes-là ont souvent des formes et des formats trop particuliers pour être publiés chez la plupart des autres éditeurs. Ils sont maintenant en vente en librairie, mais peuvent également être achetés directement en ligne sur le site d'Inventaire/Invention. L'idée de publier ces livres par série de cinq (2 fois 5 livres par an), permet de leur donner plus de poids dans leur arrivée en librairie. Les livres publiés au même moment sont aussi liés par un motif commun, quelque chose parfois d'infime qui les rapproche... Inventaire/Invention n'est pas un éditeur ordinaire, c'est un pôle multimédia de création littéraire, c'est une revue sur Internet, des ateliers de lectures « L'invention du réel », en banlieue parisienne, des lectures-débats publics, des journées interprofessionelles rassemblant différents acteurs de la chaîne des métiers du livre, et s'interrogeant, cherchant des solutions à une meilleure diffusion, avec cette idée centrale que le partage est à l'origine des plus grandes richesses.