Jean Rouaud

 

Quelques mots de présentation avant d'entendre Jean Rouaud nous lire quelques extraits de ses livres et d'échanger avec lui à partir de vos questions.
Juste rappeler que les auteurs qui viennent ici, nous les invitons parce ce que nous les avons lus, que cette rencontre avec leurs livres a fait bougé quelque chose de fort en nous et que nous avons envie tout simplement de partager avec vous ce qui s'est passé en nous, même s'il se passera certainement des choses différentes pour chacun et tant mieux. Il ne s'agit pas de faire la promotion du dernier livre ou de celui qui a reçu un prix, mais bien plutôt de donner à découvrir une oeuvre entière, un univers.
C'est également l'idée de partage qui est à l'origine du projet L'invention du Réel, imaginé par Patrick Cahuzac avec Inventaire/Invention, et devenu ici à Saumur Des Livres (Qui) s'Ouvrent, ateliers de lecture pendant lesquels des groupes de personnes lisent une sélection de 10 titres de livres publiés par des auteurs d'aujourd'hui chez des éditeurs différents et se retrouvent une semaine sur deux pour échanger autour de ces textes parfois déconcertants. A l'issue de l'atelier, les participants choisissent un auteur parmi les 10, celui qu'ils ont le plus envie de rencontrer, et nous l'invitons à Saumur. Ce fut le cas pour Florence Pazzottu et pour Arno Calleja. Deux ateliers se terminent en ce moment,les auteurs qui seront choisis viendront l'automne prochain, après Les Poétiques de Saumur, événement qui se déroulera au jardin des plantes et qui accueillera des éditeurs, des écrivains et des musiciens (les dépliants sont à votre disposition ce soir).
Pour revenir à la soirée de ce soir, Jean Rouaud est né en 1952 à Campbon en Loire-Atlantique. A la mort de son père, il sera interne à St Nazaire, puis ira à Nantes où il travaillera dans le journal Presse-Océan. Il est kiosquier à Paris lorsque son premier roman, Les Champs d'Honneur, sort en 1990 aux éditions de Minuit et reçoit le Prix Goncourt. Suivront 4 livres, Des hommes illustres, Le monde à peu près, Pour vos cadeaux, Sur la scène comme au ciel, qui poursuivent et qui creusent les origines familiales. Portraits/récits d'individus dont les destins se tissent les uns par rapport aux autres, mais aussi très en lien avec la Grande Histoire bien sûr, catastrophes et découvertes. Toujours chez Minuit en 97 sort un petit livre classé dans le genre théâtre, Les très riches heures, très beau dialogue entre un homme et une femme, qui ressemble plutôt à deux monologues se suivant, s'interrompant l'un l'autre, deux voix ensemble mais séparées pour dire la rencontre amoureuse, les enfances qui s'en mêlent parce que l'enfance se mêle de tout – et c'est si vrai dans l'oeuvre de Jean Rouaud – pour dire les lieux les origines les fondements, les façons de parler et d'être au monde de deux qui s'aiment et vivent ensemble. Tout début des années 2000, Jean Rouaud change de maison d'édition et deux livres paraissent chez l'éditeur nantais Joca Seria, ainsi que le Paléo Circus chez Catherine Flohic. En 2004, c'est L'invention de l'auteur, et il est question du père, encore, mais aussi de Nils Olgerson et de mille autres chemins de pensées et de sentiments que l'auteur nous fait emprunter. La quête de l'auteur est de chercher comment il s'est inventé écrivain, pas au sens de fabriqué, mais au sens de découvert, reconnu. Tout cela déroulé dans une langue ample et vaste, avec des portes s'ouvrant à chaque page, parfois dans une même phrase. Il est sûr que lisant ce livre, on existe, on est un vrai lecteur, pas passif, pas consommateur, on fait le chemin avec l'auteur, et par le même occasion, on avance sur le nôtre. En 2005, c'est L'imitation du bonheur, et la langue prend encore plus d'air, plus d'amplitude, les parenthèses n'en finissent pas d'ouvrir les mots, de dire le monde. On a quitté la Loire-Atlantique, on est dans une calèche qui va du Massif Central aux Cévennes, on est à Paris aussi et c'est l'épisode cruellement historique de la Commune. La Grande Histoire une nouvelle fois est rejointe par une petite, mais c'est une grande histoire aussi celle de la rencontre entre Constance Monastier et Octave Keller, qu'à priori tout sépare. Deux personnages humanistes dans le fond, qui vont à leur façon se reconnaître et traverser la complexité de la relation amoureuse. En même temps que la langue travaille dans les tissages subtils et les résonances sensibles des mots entre eux.