Jérôme
Garcin est né en 1956. Il dirige les pages culturelles du Nouvel Observateur
et anime le Masque et la Plume sur France-Inter. Il est l'auteur d'une
douzaine de livres, presque tous publiés aux éditions Gallimard :
essentiellement des récits, des essais, des romans, auxquels s'ajoutent des
entretiens, des collaborations diverses, des directions d'ouvrages...
Lisant les livres de Jérôme Garcin, je retrouve le cheval bien sûr, les
chevaux de dressage, les chevaux de promenade à la campagne, les chevaux des
concours d'obstacles, les chevaux de Bartabas, les chevaux du Cadre Noir de
Saumur, les chevaux à la maison, devant la fenêtre sous les yeux et les
chevaux de l'autre bout du monde. Mais près des chevaux il y a des hommes et
c'est à eux, vers eux que Jérôme Garcin écrit, plus exactement en mémoire
d'eux. En tout premier pour ses enfants, pour que rien ne leur soit tu. En
mémoire de Jean Prévost, en mémoire du père, de Barbara, de François-Régis
Bastide, de disparus que Jérome Garcin ne se résoud pas à voir disparaître
de la mémoire justement. Il écrit sur les vivants aussi, Anne-Marie
Philippe, la femme aimée, Bartabas, l'ami, et puis mille autres individus,
morts ou vivants, cités dans les livres. Des listes de noms, de prénoms,
beaucoup, souvent, parce que nommer les autres les rend soudain proches,
présents. Parce qu'il s'agit bien d'écrire contre l'oubli. Pas pour faire
des commémorations pompeuses ou des éloges attendus. Pas pour fabriquer des
visages de cire, non, tout le contraire : pour continuer d'insuffler de la
vie dans des existences passées, dans des êtres aimés. Pour que le passé
reste vivant, pour que tout soit vivant, les morts les maisons les aimés les
chevaux. Les phrases de Jérôme Garcin n'en finissent pas de ne pas vouloir
finir, et d'aller chercher tous les noms et tous les adjectifs possibles
pour dire l'autre. Après les virgules, les phrases continuent, comme si
elles voulaient que les individus continuent avec elles : jamais figés dans
des portraits définitifs, ils sont écrits en mouvement, et ils continuent de
vivre, secrètement, dans les livres.